Pour son deuxième album, Ivan Tirtiaux vous invite dans une collection de huit chansons en français embrassées par un folk sensible à la Nick Drake ou ample et chaleureux à la Terry Callier, nourries à la souplesse mutine du jazz, caressées par l’eurythmie chaloupée de Chico Buarque. Vous trouverez dans L’oasis autant de recoins où vous blottir que de vastes plaines pour vous encourager à prendre le large : l’album fait autant office de refuge qu’il vous offre de provisions pour un départ.

Les instruments (guitares acoustiques et électriques, mandoline, banjo, percussions, cordes, marimba, claviers analogiques…) y sont partout au service de la langue et de l’organique, et respirent à l’air libre, vrai corps cohérent. Héritier des traditions blues et folk autant que de grands anciens comme Brassens ou Barbara (comme en témoigne la reprise de Pauvre Martin ), le songwriter insuffle aux histoires intemporelles qu’il conte avec générosité une vraie résonance actuelle (La plage, récit d’un exil ou La ruade, lutte acharnée contre une dictature) et sait trouver les notes et les mots justes pour vous (é)mouvoir.

Anne-Lise Remacle

« Ne sachant pas où je vais, j‘ai toujours peur d’être arrivé », chante Ivan Tirtiaux sur Les Océans,  l’une des onze chansons de son premier album « L’Envol ».  Pas de doute,  cet auteur-compositeur interprète qui a déjà bien bourlingué dans le monde de la musique et dans le monde tout court,  possède le sens de la formule.  Et si de sa voix profonde, souple et habitée, Ivan Tirtiaux nous avoue qu’il ne  sait pas où il va,  c’est pourtant sans la moindre hésitation que nous le suivons  dans son voyage mélodique.

Folk organique, blues électrique, chansons ciselées avec l’amour du mot, poésie réaliste ou onirique, mélodies  solaires rythmées ça et là d’accords jazz ou de sonorités tropicalistes… Il y a un peu de tout ça dans cet album bien ancré dans le questionnement de notre époque tout en étant réalisé « à l’ancienne » avec un amour de l’artisanat et de la nuance. Entièrement interprété dans la langue d’Aragon, dont Ivan Tirtiaux se réapproprie joliment La Guitare, « L’Envol » prend de la hauteur et impose le spleen lumineux d’un artiste nous rappelant que la chanson française n’a jamais été aussi belle que lorsqu’elle ne ressemblait pas tout à fait à de la chanson française.

Luc Lorfèvre